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Purge - compagnie soleil vert

Purge

un projet de François-Michel Pesenti
Théâtre du Point Aveugle - Marseille
création en lien avec Laurent de Richemond (acteur)

avec Peggy Péneau, François-Michel Pesenti,
Frédéric Poinceau (remplacé pour la reprise du spectacle par Yohei Okuda),
Karine Porciero, Maxime Reverchon, Laurent de Richemond

toutes les informations [1]


à propos du spectacle Purge voir aussi :
presse et témoignages / matériaux et références


Peut-être qu’un objet est ce qui permet de relier, de passer d’un sujet à l’autre, donc de vivre en société. D’être ensemble. Mais alors, puisque la relation sociale est toujours ambiguë, puisque ma pensée divise autant qu’elle unit, puisque ma parole rapproche par ce qu’elle exprime et isole par ce qu’elle tait, puisqu’un immense fossé sépare la certitude que j’ai de moi même et la vérité objective que je suis pour les autres, puisque je n’arrête pas de me trouver coupable alors que je me sens innocent, puisque chaque événement transforme ma vie quotidienne, puisque j’échoue sans cesse à communiquer, je veux dire à comprendre, à aimer, à me faire aimer, et que chaque échec me fait éprouver ma solitude, puisque… puisque… Puisque je ne peux pas m’arracher à l’objectivité qui m’écrase, ni à la subjectivité qui m’exile, puisqu’il ne m’est pas permis de m’élever jusqu’à l’être, ni de tomber dans le néant, il faut que j’écoute, il faut que je regarde autour de moi plus que jamais, le monde, mon semblable, mon frère.
Jean-Luc Godard


De spectacle en spectacle François-Michel Pesenti écrit l’histoire d’un théâtre sans concession. Une histoire édifiée à travers une oeuvre composée en alternance de mises en scènes de grands textes classiques et de projets personnels. Parmi ceux-ci, sans doute l’un de ses gestes fondateurs, Le Séjour, un triptyque présenté aux Bernardines en 1989 qui mettait à jour la démarche incontournable d’un metteur en scène que nous avons eu soin de suivre et de soutenir régulièrement. Un cheminement interrompu pendant dix ans, durant lesquels François-Michel Pesenti investissait de grandes scènes internationales. C’est avec l’accueil en 2012 de A sec et la création de Solaris en 2013 que nous retrouvions l’univers de cet artiste hors normes. Dans ce mouvement s’inscrit Purge, dernier opus en cours d’élaboration dans nos murs, avant d’être présenté au public en ce début 2014.

Théâtre des Bernardines, Janvier 2014


Pour dire un peu où en sont les choses, l’objet de ce spectacle est, tout au long de sa durée, une scène vide.
Un personnage invisible y règne : une pièce pour piano et quatuor à cordes diffusée par quatre haut-parleurs dans son intégralité.
Pour l’instant pas d’autres évènements à rapporter.
Pourtant je dois dire ici que sur cette scène blême et légèrement poudreuse, qui voudrait avoir force d’exigence à s’exempter de toute présence humaine, des personnages paraissent, interdits de la nécessité d’être là et ne sachant comment y renoncer.
Toutefois, à mon sens, ce n’est pas là qu’ils sont, là où nous les voyons sur la scène qui leur est, j’en suis sûr, une tour close où ils insistent à être dans une sorte de diffraction du temps commun : un conditionnel que n’annulerait pas le présent.
Il y a peu de eux aux morts, et démis ainsi de toute attente et de tout lien entre eux, ils n’ont pour justifier ce qui semble leurs vies qu’à distribuer les instants de la présence de leurs corps et leurs conséquences, toutes, pour l’heure, inconnues d’eux et de moi.
Voilà, concernant PURGE, ce dont aujourd’hui je m’inquiète.

F-M Pesenti, Juillet 2013


J’ai écrit cette présentation de Purge il y a quelques mois. Aujourd’hui, alors que je vais rencontrer les acteurs pour la première fois j’accepte – j’y suis obligé – que ces quelques lignes désignent encore le projet de ce spectacle.
Or quelque chose est venu. Quelque chose dont je ne saurai rien dire mais qui altère la conscience que j’ai du monde et finalement m’en sépare. Dans quelques jours je ne pourrai penser à rien d’autre, sans savoir à quoi penser, ni comment y penser.
Cet objet que je dois faire, sans forme encore ni définition, je ne le connais pas et pourtant je le reconnais. Ce qu’il exige, ce qu’il vise sous le nom de spectacle, prend peu à peu la place de ce que j’imagine encore être moi..
Le Séjour (1989), Le Corps dans le bois qui brûle (1996), 1949 : if 6 was 9 (1997), Schneeknoten (2001), autant de spectacles que j’ai fabriqués en voulant surtout ne pas faire du théâtre mais rendre compte de cette chose qui aujourd’hui revient, comme un camp d’ombre fondant sur un paysage sans aucune cause météorologique.
Vous voilà donc prévenus. J’espère Purge plus incompréhensible et plus sombre encore que Schneeknoten qui révolta en janvier 2001 la bonne ville de Bâle. De la scène on ne voyait rien, strictement. Du texte on n’entendait rien, à la lettre. L’objet triomphait.
Que tant de signes, harcelants et blessants, prétendent rendre compte de l’intelligibilité de notre monde autorise le théâtre à nous convoquer à la logique de l’obscurité. N’est-ce pas le lieu le plus adéquat pour se rencontrer soi-même ?

- Qu’as-tu dit aux acteurs que tu as rencontré hier ?
- Je n’ai pas cessé de parler. De la grammaire des mains dans la peinture de la Renaissance, de la représentation de l’objet dans le cubisme, des corps traversés par la loi - celle de Dieu, celle du désir - du Greco, des feuilletages d’identité, des feuilletages de temps, de l’équivalence sur la scène de ces temps, d’un spectacle qui, se fabriquant sans cesse devant les spectateurs, refuse obstinément de naître.
- Mais à quoi ça sert de montrer quelque chose qui ne veut pas naître ?
- A débusquer ce que nous ratons à vouloir faire advenir des objets.
Il doit y avoir quelque chose que l’on rate dans notre acharnement à produire ? Non ?
(silence)
- Donc sur scène ils ne s’acharneront pas ?
- Vaguement.
(silence)
- Tu penses à quoi ?
- A Ingres, qui peignait des femmes biscornues, des corps improbables.
- Encore de la peinture !
- La peinture est la vraie histoire de nos corps. C’est la peinture, plus que la loi, qui nous retient d’écraser les vieilles qui traversent la rue. La peinture réactive, ressuscite sans cesse, la figure des hommes dans leur humanité.
- Pourquoi ne pas peindre alors ?
- Je ne sais pas peindre. Etre metteur en scène c’est plus facile, les corps sont déjà là, avec leur histoire. Et puis aussi, parce que je suis imperméable à la morale j’ai besoin par conséquent d’exemples. Le théâtre rend les choses et les gens exemplaires, là tout de suite, dans l’instant de notre présence à eux.
- Purge, ce sera donc quand même du théâtre ?
- Non.

F-M Pesenti, 26 novembre 2013




[1 Purge
un projet de François-Michel Pesenti


création du spectacle : du 14 au 25 janvier 2014 au Théâtre des Bernardines - Marseille
reprise du spectacle : 16 et 17 octobre 2014 au Théâtre des Bernardines - Marseille

avec :
Peggy Péneau, François-Michel Pesenti, Frédéric Poinceau (remplacé pour la reprise du spectacle par Yohei Okuda de la compagnie Seinendan - Tokyo), Karine Porciero, Maxime Reverchon, Laurent de Richemond

textes : Fragments épars de Suzanne Joubert, Maxime Reverchon, François-Michel Pesenti
mise en scène, scénographie et costumes : François-Michel Pesenti
collaboration dramaturgie : Christelle Harbonn
assistanat à la mise en scène pour la création : Maëlle Charpin
musique : Morton Feldman, Piano And String Quartet, 1985, Aki Takahashi (piano) & Kronos Quartet (strings) Elektra Nonesuch
Rôdeur : Alain Fourneau
Lumière : Marc Vilarem
Son : Olivier Renouf
Régie Son : Erik Billabert
Vidéo : Rémy Lebreton
Remerciements à : Emma Donelli, Georges Daaboul, et Sarhan Hussein

crédits photos : © Caroline Pelletti / © Jean Barak

Production : Théâtre du Point Aveugle
Coproduction : Théâtre des Bernardines