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Victor - compagnie soleil vert

Victor

presse et témoignages

- Agnès Freschel / Zibeline
- Barbara Chossis / Ventilo

concernant le spectacle Victor, ou les enfants au pouvoir :
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Victor, ou les enfants au pouvoir un spectacle de Frédéric Poinceau



Articles de Presse :


« Vitrac sensible »
par Agnès Freschel - Zibeline - 13 mars 2015

Victor, ou les enfants au pouvoir est rare au théâtre. Chef-d’oeuvre de Roger Vitrac, la pièce surréaliste, écrite dans les années 30 mais montée après guerre par Anouilh, a déjà quelque chose de « l’absurde » des années 50 : les personnages ont des corps démesurés (Victor a 9 ans mais mesure 1,80 m), leur usage de la langue a des ratés, et leurs places sociales schématisent celles du vaudeville. Ingrédients que l’on retrouvera chez Ionesco, et qui ont valu à Vitrac des mises en scène où l’on oubliait la cruauté d’Artaud, avec qui pourtant il fonda le théâtre surréaliste…
Frédéric Poinceau oublie cette tradition, et replonge dans le texte, pour y retrouver des personnages dotés d’une profondeur et de motivations que l’on devine, et qui sont de l’ordre de l’inconscient. Ainsi Victor n’est pas seulement un enfant trop intelligent et tapageur, c’est un être qui comprend et qui souffre, qui rêve, qui raconte, et qui meurt. Le père est compulsif, la maîtresse est hystérique, le général pervers, et un fou révèle dans ses délires la folie politique du temps, où Pétain héros de guerre devient le traître que l’on sait. Du coup le comique se fond dans la tragédie, la folie domestique devient politique, et la mise en scène s’affranchit de l’esthétique de l’époque pour donner une vision contemporaine, où les didascalies sont dites, où le jeu s’expose, à table, au micro, à nu : les petites histoires d’adultère qui parodient le vaudeville parlent en fait de désir et de sexualité qui dérange, comme cette sublime Ida qui pète tragiquement, puante et superbe métaphore de la mort. Si les enfants prennent le pouvoir, c’est en montrant combien les adultes sont dépassés par leur désir. Et s’ils meurent, c’est d’incapacité à vivre le leur, dans une société violente qui ment et leur distribue des gifles et des coups de fouets, et trouve le repos dans le laudanum et le suicide.

Agnès Freschel - Zibeline - 13 mars 2015


« Les enfants terribles »
par Barbara Chossis - Ventilo n°352 - mercredi 25 mars 2015

Presque centenaire, la verve insoumise de Victor ou les Enfants au Pouvoir, drame surréaliste de Roger Vitrac et piquante critique sociale, retentit une nouvelle fois à la Criée. Une mise en scène qui dénude les mécanismes théâtraux, signée Frédéric Poinceau.
Les surréalistes, avant-gardistes de la première après-guerre, sont loin d’être has been. Leur irrévérence jouasse et leur poésie anarchique font encore mouche. Comment et pourquoi remettre en scène Victor aujourd’hui ? En tirant le fil de ce questionnement, Frédéric Poinceau et sa troupe déploient à vue leur version de la fable. Tels les arrière-petits-enfants terribles du Théâtre Alfred Jarry et d’Antonin Artaud (metteur en scène originel de Victor), ils interrogent l’acte théâtral en le posant « de but en blanc ». Les rouages sont affichés : un décor pauvre (hormis quelques fantaisies ubuesques, le reste étant signalisé à même le plateau, à l’instar du Dogville de Lars Van Trier) ; un auteur-metteur en scène hybride (Antonin Vitrac en la personne de Poinceau), présent sur scène, annonçant au micro les actes, scènes et didascalies, arrêtant même les acteurs, comme en répétition ; les trois coups qui résonnent au cœur d’une scène ; une adresse au public revendiquée…
Un dispositif didactique, soulignant justement les ressorts dramatiques de la pièce, dans lequel les comédiens semblent beaucoup s’amuser, mais qui évince un peu de la noirceur immanente à l’œuvre. Car, malgré ses faux airs de vaudeville, il s’agit d’un drame, sur la fin de l’innocence et le refus d’abdiquer face à l’hypocrisie d’une société étriquée par ses conventions, quitte à en mourir. Victor, neuf ans, maillon défectueux de la chaîne, met un grand coup de pied dans la fourmilière de sa vie bourgeoise. Les autres personnages, tous — à un fou, une pétomane et une enfant près — englués dans leur propre mensonge, assistent impuissants à l’implosion de leur monde, déclenchée par la prise de conscience de ce garçon trop grand pour son âge, trop honnête pour être grand. Bourreau ou victime, damné ou sacré, aux spectateurs de trancher et de se confronter à la venue du noir à leur propre conscience : faut-il ou non résister à l’engourdissement de sa veine déraisonnable ?

Barbara Chossis - Ventilo n°352 - mercredi 25 mars 2015