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Purge - compagnie soleil vert

Purge

presse et témoignages

- Patrick Sourd / Les Inrockuptibles
- Marie Godfrin-Guidicelli / Mouvement
- Pascal Bély / Le Tadorne
- Joanna Selvidès / Ventillo - La Marseillaise
- Agnès Freschel / Zibeline
- Paul-Emmanuel Odin / La Vie manifeste
- Gilbert Traina / Facebook
- Marcelle Basso / mail
- Agnès Berteloot / Facebook

concernant le spectacle Purge :
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Purge un spectacle de François-Michel Pesenti



Articles de Presse, et Témoignages :


« Pesenti, les magnificences d’un homme blessé »
par Patrick Sourd - Les Inrockuptibles - 16 janvier 2014

Metteur en scène en résistance contre l’establishment, François-Michel Pesenti signe avec brio “Purge”, un manifeste sur l’amour aussi âpre que fulgurant.

Dans le paysage théâtral français, François-Michel Pesenti fait figure d’interdit des plateaux depuis le déconventionnement de sa compagnie en 2011.
Cérémonial d’adieu aux acteurs de sa troupe, son précédent spectacle, A sec (2011) en rendait compte, en forme de baroud d’honneur, alors que le robinet des subventions venait de lui être coupé. Avec Purge, le voici qui renoue avec les sensations du plateau à travers une ultime réflexion sur le statut de metteur en scène et le rôle du théâtre en miroir de ses désirs contrariés.
L’ancienne chapelle des Bernardines avec ses colonnades aux chapiteaux ouvragés est un cadre idéal pour ce festin de pierres. Presque invisible, le travail sur la vidéo de Rémy Lebreton superpose des trames pointillistes à l’architecture du lieu, se joue d’une succession de projections d’ombres et de lumières pour le déconstruire imperceptiblement dans la révélation d’un espace en vibration qui, en perdant sa matérialité, se trouve tout à coup gagné par la toute-puissance de la fiction.
Avec l’élégance d’un Don Juan contemporain osant une fois de plus défier la statue du Commandeur et investir sa demeure, François-Michel Pesenti se retrouve une nouvelle fois présent sur le plateau. Une porte restée ouverte à cour et une autre à jardin lui suffisent pour s’amuser de l’âpre rapport de force qui permet au metteur en scène de dicter sa loi aux acteurs. « Entre », « Sors », « Tombe », « Relève-toi », les ordres sont brefs et sans appel. La mécanique du jeu leur est inféodée sans faux-semblants tandis que les textes sont réduits à des fragments. Tels les éclats d’un miroir brisé, Shakespeare et Genet traduits en arabe côtoient Jean-Luc Godard, Suzanne Joubert et Maxime Reverchon, pour une quête du corps de l’autre toujours remise en question.

Un bras de fer amoureux

Dans une chorégraphie barbare rythmée par une boucle puisée au Piano and String Quartet, signé Morton Feldman (1985), l’union entre les êtres fait bientôt long feu. Tandis que le plateau se vide, que les portes sont refermées, le spectacle bascule dans une empoignade “à bouche que veux-tu”. Un bras de fer amoureux ne réunissant plus que le metteur en scène et un de ses comédiens qui, lui aussi, se refuse à jouer le rôle de la proie consentante pour incarner l’insaisissable support où pourrait se cristalliser le désir.
Avec cette fin digne d’une Solitude des champs de coton revisitée, le spectacle prend les allures d’une autofiction qui pointe le fer au coeur de la plaie du désamour. Alternant les tendres caresses et les coups de poing, Purge compile les bleus à l’âme et s’avère un choc émotionnel sans pareil… Un rendez-vous amoureux aussi intense que profondément cruel.

Patrick Sourd - Les Inrockuptibles - 16 janvier 2014


« Prendre aux tripes »
par Marie Godfrin-Guidicelli - Mouvement - 10 février 2014

Dans Purge, la dernière création de François-Michel Pesenti à Marseille, des textes brûlants et chaotiques trouvent une résonance décuplée dans le mouvement des acteurs.

Comment rendre lisible la nouvelle pièce de François-Michel Pesenti, Purge, pour qui n’a jamais vu son œuvre théâtrale ? Comment dire cette diction fluctuante qui laisse entendre les espaces blancs, les retours à la ligne, les césures des textes ? Comment évoquer son travail des corps qui trouve sa source dans la peinture, voire la ronde-bosse à sa manière de les sculpter en creux ? Depuis toujours, chez Pesenti, seuls les acteurs comptent. Dans À sec, il éprouvait leur intégrité. Aujourd’hui, il les déplace sur l’échiquier comme un marionnettiste, leur aboyant ses ordres inhumains : « vomis », « tombe », « regarde Laurent vomir », « texte »… Et chacun de s’exécuter, fébrile, obéissant. Ombres fuyantes et pourtant consentantes qui acceptent d’être nommées comme à la ville : Peggy (Péneau), Frédéric (Poinceau), Karine (Porciero), Maxime (Reverchon), Laurent (de Richemond). Outre la fascination que peut exercer sur nous cet objet non identifié, nous, complices sans mot dire, finissons l’heure et demie transis de froid : les échappées lumineuses sont rares, l’étau toujours maintenu serré laissant peu d’espace à l’imaginaire. La tension jamais ne se relâche car ce qui se joue ici, c’est l’entre-deux des corps : la parole/le silence, la distance/la confrontation, la mollesse/la rudesse. Et les gestes répréhensibles en bonne société comme de se gratter le nez ou les couilles, de cracher sur le sol… Les textes brûlants et chaotiques – fragments épars écrits par Maxime Reverchon, François-Michel Pesenti, Suzanne Joubert – trouvent une résonance décuplée dans le mouvement des acteurs, millimétré, infime : des yeux exorbités, un déhanchement subtil, des doigts frémissants. Du coup Pesenti force le spectateur à une concentration permanente au risque d’être débarqué en quelques secondes seulement ou de rester à la marge d’une pièce qui ne dit pas son nom. C’est là la force et la faiblesse de son théâtre qui en impose par son sens de l’économie, du geste juste, de la répétition, des va-et-vient minutés par les portes dérobées. C’est là qu’il prend aux tripes, fascinant ; ou agace, abscons. Mais quand un effroi béat masque les visages, au moment de l’errance silencieuse, quand ils semblent plein d’une pensée intérieure et cherchent la bouche de l’autre, quand ils esquissent un semblant de danse puis s’affaissent, quand leurs baisers laissent un goût violent sur les lèvres, on se dit que François-Michel Pesenti a encore beaucoup de choses à nous dire. Une parole dont il convient, pour l’entendre, de savoir attraper le geste elliptique et la note suspendue : « Amant ou frère ou père et fils, ou quelque chose que l’on ne sait pas encore. Mais un ».

Marie Godfrin-Guidicelli - Mouvement - 10 février 2014


« purgé de quelque chose d’indéfinissable... »
par Pascal Bély – Le Tadorne - 01 février 2014

Cap sur Marseille où « Purge » de François-Michel Pesenti me fait l’effet d’une douche revigorante, tel un retour aux fondamentaux. Ici point d’histoire ; à peine un dispositif. Juste des acteurs, des comédiens, des femmes et des hommes avec leurs hauts et leurs bas qui filent. Ils entrent et sortent pour créer le jeu de l’amour et du hasard. Je ne perçois que le corps de l’acteur dans toute sa puissance évocatrice. C’est parfois brut, souvent habillé de textes complexes et de réponses d’acteurs aux consignes données par François-Michel Pesenti lui-même, homme-orchestre pour baguette tragique. J’ai ressenti la puissance de ce que le théâtre peut faire : m’embarquer loin, très loin, sans violence, mais avec détermination. Me débarquer sur la rive pour que je saisisse un geste, que j’entende une évocation, que je construise un lien. Car ce théâtre n’est peut-être que cela : le lien entre l’acteur et le spectateur, débarrassé du narratif pour que s’écoute ce qu’il se joue.
Les acteurs sont exceptionnels (Peggy Péneau, Frédéric Poinceau, Karine Porciero, Maxime Reverchon, Laurent de Richemond). Chacun d’eux est une composante de mon rapport au théâtre, expliquant pourquoi je me suis tant accroché à eux !
En quittant les Bernardines, je suis habité. C’est dedans, c’est profond. Je me ressens un homme honnête, presque purgé de quelque chose d’indéfinissable. François-Michel Pesenti fait ce travail unique et remarquable : celui de raviver la conscience du spectateur. Le théâtre n’est que travail. Sur soi. Pour que vive l’acteur.
Pour que nos corps utopiques s’incarnent.

Pascal Bély – Le Tadorne - 01 février 2014


« Six personnages en quête d’hauteur »
par Joanna Selvidès - Ventillo - 22 janvier 2014

Créé l’an dernier à la Friche, A sec devait être le dernier spectacle de François-Michel Pesenti. L’urgence semble avoir rattrapé l’artiste, pressé de « mettre en scène des corps qui ont déjà leur histoire » et dont il se fait le maître d’un jeu bien étrange.
Le plateau, nu. Les lumières, crues. Le noir, pur. Parfois, les sons d’une sonate de Morton Feldman interviennent, comme dans Le Mépris de Jean-Luc Godard.
Un curieux charabia s’échappe de la bouche d’une comédienne ­­— belle, blonde. Les comédiens entrent et sortent, de tous âges, de tous sexes, de tous corps. Seul un homme reste, face au public : le Projecteur, comme un coryphée silencieux. Il est peut-être le chef d’orchestre de ces corps qui entrent. Ici, point de personnages. Des tentatives, des essais jamais achevés, a priori sans queue ni tête. Ce dispositif permet d’observer ce que veut montrer François-Michel Pesenti : les relations pour elles-mêmes.
Des textes, oui, un peu, pris de-ci de-là dans ceux de Suzanne Joubert, dont l’écriture simple et profonde permet de s’ancrer, de respirer, de créer du sens.
Deux femmes (Karine Porciero et Peggy Péneau) et quatre hommes (Laurent de Richemond, Frédéric Poinceau, Maxime Reverchon et Pesenti lui-même) entrent, se déchaussent, se portent, appellent l’épervier (sic), travaillent leur corps et leurs déplacements sous les indications de l’homme derrière le pupitre. Vu comme ça, on se dit qu’il n’y a pas grand-chose à voir. Mais c’est peut-être tout l’inverse… Alors, on scrute, on ne s’attend à rien, on cherche à comprendre, puis on abandonne. On se remet à chercher avec les acteurs qui eux, tentent de répondre aux injonctions. On guette. Va-t-il vraiment se passer quelque chose ? Face à ces acteurs, au sens le plus noble de ce métier, le spectateur s’implique et ne lâche pas prise.
Plus réflexive que la précédente pièce de Pesenti, Purge met à nu les méandres de la création théâtrale, par l’exposition pure et simple du jeu, ici au centre de l’œuvre.

Joanna Selvidès - Ventillo - 22 janvier 2014


« François-Michel Pesenti dépouillé jusqu’à l’os »
par Agnès Freschel - Zibeline - 10 février 2014

François Michel Pesenti poursuit son travail de dépouillement, voire d’apuration, de la représentation. À sec nous disait-il dans sa dernière création, jusqu’à l’os, avant de pratiquer la Purge. Sur scène des acteurs se succèdent avec des presque rien, des gestes, des poses qui pausent et reprennent, des textes aussi un peu, qui tournent en rond, ou décrivent, redondants, les gestes qu’ils font en vain. Rien n’est vraiment dit, sinon l’impossibilité de dire, et de faire autre chose que ce rien. Frédéric Poinceau tout du long reste là, face public, immobile ou presque, montant parfois simplement les bras comme pour se dégourdir. Puis le metteur en scène entre dans le jeu et donne sèchement des indications d’entrée, d’arrêts, de vague action. Qui ne disent pas plus de choses. La musique intervient, parfois, belle, un faux épervier évoqué puis dénié, des incongruités souvent drôles. Ça se déroule comme ça jusqu’au bout et sans ennui, jusqu’à la scène finale, écrite par Suzanne Joubert, qui enfin introduit de la relation : F. M. Pesenti se jette sur F. Poinceau pour l’embrasser violemment, le saisir. Lui s’échappe, revient à son tour à l’assaut, et fait rendre gorge à son agresseur, qui avoue enfin, emprisonné dans un embrassement qui se fait tendre, l’amour, la promesse, le désir.

Retrouver l’autre et le dialogue, au terme de la purge ?

Agnès Freschel - Zibeline - 10 février 2014


« Les Frères Jacques et l’alcoolique, l’ordre et le chaos, la sexualité de l’inconnu »
par Paul-Emmanuel Odin - La Vie Manifeste - 15 janvier 2014

Le précédent, déjà, était un adieu à la scène, avec une convocation ultime de ses acteurs fétiches (À sec). Et là encore, Pesenti recommence et déclare que Purge est son dernier spectacle, qu’il n’en fera plus après.
Quand les frères Jacques ont annoncé qu’ils quittaient la scène et qu’ils faisaient leur dernière tournée, on pouvait s’attendre à ce qu’à la fin de l’année de l’annonce on ne les revoit plus. Mais en fait, pendant dix ans ils n’ont cessé de faire leur dernier show, chaque fois c’était le dernier ; du coup l’annonce se révélait n’être qu’un précédé publicitaire.
De même, comme le dit Deleuze, un alcoolique prend toujours un dernier verre, et le dernier verre appelle toujours un autre dernier verre après.
Y a-t-il alors un jeu fallacieux chez Pesenti, un effet d’annonce qui serait mensonger ? Que peut faire d’autres Pesenti, sinon d’autres spectacles ou d’autres expériences théâtrales expérimentales redoutables comme tout ce qu’il fait depuis si longtemps et qui a marqué l’histoire du théâtre à jamais ?
Il faut alors énoncer pourquoi cette annonce nous dérange et participe d’une posture redoutable, et comment nous rentrons une fois de plus, encore et encore, dans ce processus cruel et pervers auquel nous adhérons pourtant sans honte parce qu’il vient toucher en nous l’impulsion d’une vie qui n’est plus illusoire, qui n’est pas séparée de la mort et du réel, et qu’il y a donc là, au-delà du mensonge qui s’avère à la fois nécessaire et vidé de substance dans son déploiement propre, une expérience irréductible et violente par l’attaque qu’elle fait au factice. Le dernier Pesenti ? C’est mensonger mais ce mensonge nous prend au lieu de stabilité qu’il renverse par son acte. C’est dérangeant aussi parce que nous voulons encore voir d’autres spectacles de Pesenti.
C’est aussi, plus profondément, que Pesenti nous met par là devant une expérience terminale, une mort. C’est son côté métaphysique : certains auteurs n’ont jamais ni début ni fin, il n’y a que des milieux, mais lui, chaque geste, chaque parole, chaque spectacle vient toucher quelque chose qui est à la terminal et initial, extrême incandescent et évanouissant au bord du rien, précipice et abîme, néant et fragments épars qui se débattent avec le vide qui les séparent.
Ce dernier spectacle se dit dernier et est dernier par la puissance d’anéantissement qu’il mobilise en chaque corps, en chaque mouvement, en chaque immobilité. Ce spectacle est dernier encore parce qu’il met en œuvre une expérience terminale qui bouleverse toutes nos coordonnées
Le langage, la raison, la conscience s’effritent, s’effondrent, doivent mourir totalement. C’est cette formidable puissance de destruction du monde présent et établi qui permet de laisser sortir des interstices, des intervalles, des combinaisons de gestes inouïs qui sont totalement nouvelles, inédites, inconnues.
Les performances d’acteurs de Laurent de Richemond et Maxime Reverchonsont à ce titre dans Purge certainement des moments rares, que seul le théâtre de Pesenti (comme très peu d’autres metteurs en scène : Claude Régy, aussi par exemple) fait émerger. Gestes insensés, hallucinatoires, combinaisons nouées qui éclatent et étouffent en même temps. Scintillements invisibles et infimes, frétillement qui ne peuvent jamais se libérer dans un spasme libérateur, mais qui parcourent les corps et font des grains de sable dans une mécanique dérisoire. Des rires sous capes viennent surprendre notre perception intérieure par à-coups, éclairs brisés parce que toute cette mascarade est si bien réglée qu’elle se dénonce comme une apparence et une illusion et, puisque tout le monde y est empétré, il faut se résigner à ce qu’un ordre implacable coexiste avec un chaos incessant.
Purge, s’il est dernier, n’est pourtant pas le spectacle le plus désespéré ou le plus noir de Pesenti, loin de là. La mécanique répressive y est relativement moindre (la scène où Pesenti lui-même soumet les acteurs à des ordres, des gestes répétés, plus ou moins humiliants, où éclatent secrètement des rébus, celui de ces corps qui se tapent le cul par terre par exemple, ou ces chutes incroyablement réglées où coexistent la puissante structure d’un même mouvement dans sa torsion et la courbe descendante du poids qui rabat le corps en bas dans son affaissement et sa grâce.
Et surtout, puisque l’acteur Frédéric Poinceau demeure pendant toute la première partie du spectacle dans une pose immobile et statufiée, sous une apparence de gay viril quasiment militaire, on sera désarçonné par cet étrange duo final avec Pesenti où se dessine une relation homosexuelle qui est mise en acte au plus près d’une ambiguïté entre fiction et réalité. La mise en scène et l’improvisation qu’elle contient comporte une sorte de viol infrapsychique d’une violence étonnamment douce, troublante, où la portée du désir va jusqu’ouvrir des lézardes hors de toute conception connue de l’amour, à propos d’une relation qui ne serait ni celle d’un amant avec un amant, d’un père avec son fils, mais une relation d’un type inconnu.
À l’époque du mariage homosexuel et de sa publicité, c’est en ce creux secret que travaille un doute, l’oscillation d’une ouverture et d’une fermeture de l’inconscient. C’est plus qu’un questionnement sur le désir, c’est une mise en acte dans le vivant des paradoxes du désir loin des immobilisations symboliques, et cela est plus que jamais nécessaire, dans cette exigence et cette impossibilité du dernier Pesenti.

Paul-Emmanuel Odin - La Vie Manifeste - 15 janvier 2014


témoignage
par Gilbert Traina - Facebook - 22 janvier 2014

Pendant longtemps j’ai pensé a "Détruire, dit elle" de Duras... A ces gens "d’après le sommeil"... D’après le tout. Le tout perdu. Le tout fini. Après le "bon maintenant qu’est-ce qui nous reste"...
Et puis le purgatoire. Avec encore les portes ouvertes de chaque coté de la scène... Une a cour, une a jardin... La vie qu’on a quitté et l’éternité (peut être) qui nous attend... Ou juste la coulisse... Au choix...
Entre les deux portes : le plateau. Et ces interprètes sans plus de rôles... Sans plus de consignes. Juste la parce que nulle part ailleurs ou aller. En attente. En errance. Parfois Pesenti donne une consigne claire, concrète : tombe... Et l’interprète tombe. Ou : sort. Entre. Texte...
Parfois une consigne irréalisable : dire les os... Sans un os mais dire les os... Dire le sol... Sans plus de sol mais Dire le sol...

Que reste t’il quand on veut se lester de tout... Des bribes de textes, d’émotions, des séquelles de gestes, des tentatives de rapprochement sans même plus savoir pourquoi on voulait se rapprocher... Un purgatoire sans fin dont on aurait oublier la fonction réparatrice... Un purgatoire sans foi, sans croyance, sans religion...
Et puis les deux portes se referment laissant un homme sur scène. Un homme et son metteur en scène... Un homme qui ne veut pas sortir. Qui veut ressusciter... Un résistant perdu d’avance... Et la on pense a "Dans la solitude des champs de coton" de Koltes... Et de cette dernière tentative entre l’homme et son marchand. Ici, prêt a lui arracher la vie dans un baiser forcé...
Ressortir troublé... Avec l’envie, malgré tout, de continuer a tenter une errance active... Même s’il n’en restera plus rien quand je serai a mon tour dans cette pièce vide...
Pesenti arrive a créer une étrangeté incroyable... Quand il monte sur scène pour prendre la parole, pour tenter de dire a son tour, il a la délicatesse et la pudeur de le faire dans un coin sombre du plateau, de trois quart dos, face au plateau, face a ses interprètes... Histoire sûrement de ne pas nous imposer ses questions, mais de les lancer au plateau, et de voir si, par hasard, le theatre lui répondra...
Et de faire de l’acte théâtral un acte au présent sans objectif de forme marchande. L’important est ce qui se passe, et pas ce que ça deviendra...
Touché...
Merci...
(Les acteurs sont incroyables)

Gilbert Traina - Facebook - 22 janvier 2014


témoignage
par Marcelle Basso - envoyé par mail - 27 janvier 2014

Bonsoir François
Je me doute bien que tu as dû sortir épuisé de ce nouveau défi...
En tout cas c’est magnifique et cela laisse des traces très profondes. 
Passé le stade de l’éternelle tragédie, lancée en arabe par une Karine hissée à l’extrême pointe d’elle-même, vient toute une série de beaux moments d’humanité, pas spécialement magnifiée mais d’autant plus touchante...
Maxime avec sa main obstinée d’écrivain, Peggy toujours très concrète quoi qu’il arrive, dans l’humour et la légèreté des choses, même quand il lui arrive d’avoir" vêlé" et qu’elle appelle à la rescousse une certaine Marcelle qu’on sent proche et lumineuse, et puis Laurent aussi, abîmé par la vie, preque laissé pour compte et qui se rattrape en se jetant dans une danse de derviche aux petits pas perdus, suivis d’une folle diatribe à la mesure de sa discrétion - voire quasi ommission - précédente...
Alors déboulent tous ces portés d’amour qui racontent tellement ce moment merveilleux où on laisse faire la chose, où l’on s’abandonne dans la chute ou la lévitation, c’est si indécidable. 
Avec juste la voix de Beckett, pour rappeler, imperturbable , à la loi de la géométrie et de la stricte présence matérielle des corps, des os, d’un buste émergeant du néant (porté par l’autre, c’est à dire toi, ça marche et c’est un surgissement)...
Il est vrai que la chapelle joue pour vous, qu’elle donne à tout la dimension de la peinture italienne, des Giotto et Masaccio et Léonard et Michel-Ange. et que quoi qu’on fasse on ne peut jamais renier tout à fait ses origines...
Et enfin c’est le moment pasolinien, tellement inattendu parce qu’après la longue tension établie par le quatuor, il redonne place à la vibration de l’instant, à ce qui remue et bouscule dans la spontanéité maintes fois réitérée du désir et de son refus avec in fine l’acceptation légèrement hypocrite de l’autre et le coup de poing fatal de la solitude qui tranche.
Un grand coup de chapeau pour toi, pour ton engagement absolu d’acteur dans cet instant où tu décides de livrer quelque chose de toi - radicalement ( alors tu fais penser à Chéreau acteur, sur un plateau) et pour Frédéric qui a su t’accompagner si loin dans ta folle et irrépressible déclaration d’impossible amour.
Un Frédéric que je salue aussi pour sa constance stoïque et sa belle présence abstraite de mât du navire gardant le cap à travers les intempéries... 
A la fin des comptes, je souffre pourtant de ne pas être là -après tout ce qui s’est passé- histoire de ramener un peu de paix en rapportant tout cela aux étoiles (...)

Ces quelques paroles de Jacques Lacan parlant à Marguerite Duras à propos du Ravissement de Lol V Stein :
"Car la limite où le regard se retourne en beauté, je l’ai décrite, c’est le seuil de l’entre-deux-morts, lieu que j’ai défini et qui n’est pas simplement ce que croient ceux qui en sont loin : le lieu du malheur.(...)
Sans doute ne sauriez vous secourir vos créations, nouvelle Marguerite,(contrairement à Marguerite de Navarre, celle de l’Heptameron), du mythe de l’âme personnelle. Mais la charité sans grandes espérances dont vous les habitez n’est-elle pas le fait de la foi dont vous avez à revendre, quand vous célébrez les noces taciturnes de la vie vide avec l’objet indescriptible." 
 

Marcelle Basso - 27 janvier 2014


témoignage
par Agnès Berteloot - envoyé par facebook - 05 février 2014

Ce n’est que le matin en roulant ma cigarette que les larmes sont tombées grosses mouillées pleines ce ne fut qu’un instant j’avais vu L’AMOUR la veille. Je l’ai rebaptisé car PURGE c’était avant.
Dans toute Œuvre il y a un vocabulaire et cette œuvre inaugure un nouveau vocabulaire. Elle accouche sans le nommer de ce vocable. Finies les fioritures. Il n’a pas vomi sur le plateau. Clinique le plateau Vierge le mouchoir. Le plateau dernier lieu d’une réconciliation possible et d’une mise à mort tragique.
J’ai vu se distendre les ligaments croisés du Genou du metteur en scène et dans cette distorsion j’ai vu le vocable nouveau advenir.
Identités sexuelles confuses, page aux ballerines chair et aux grosses couilles marron comme une promesse sûre.
Et puis il y a l’Autre, l’Amant de la rue. La nécessité et la marge. Le trottoir de la nuit et la fange . Récurrence de l’impétuosité du désir et du mal. La figure de l’acteur. Le témoin et le crime.
Je ne parlerai pas des femmes ce sont des filles des filles qui s’y prêtent des filles de Jérusalem
Catherine n’était pas. Entre vous. Entre nous. Définitivement.

Agnès Berteloot - 05 février 2014


concernant le spectacle Purge :
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