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Mon Corps Est Nul - compagnie soleil vert

Mon Corps Est Nul

création 2009/2010 (théâtre)

un projet de Laurent de Richemond

avec Jocelyne Monier, Pascal Farré, Paul-Emmanuel Odin, et Barbara Sarreau

à propos du spectacle Mon Corps Est Nul voir aussi :
presse et témoignages / vidéos


à propos de « Mon Corps Est Nul » par Laurent de Richemond, metteur en scène

On m’a souvent dit que mes précédents spectacles avaient l’esprit d’un « laboratoire de la condition humaine ».
J’ai le sentiment de vouloir placer mon rapport au théâtre comme la science-fiction se place dans la littérature. En tant que questionnement et aussi comme principe actif, outil, éclairage, point de vue… voire virus contaminant peu à peu le champ du réel, constituant un système permettant d’appréhender, de dire le monde.
Un théâtre qui nous ferait face comme un O.V.N.I et dont les codes, les lois et notre rapport à lui, n’irait pas de soi, devrait s’inventer au présent de notre relation, à l’instant même de notre perception, à un endroit où quelque chose lié à nous, nous regarde et nous dérange…
Le projet « Mon Corps Est Nul » a été créé dans cet état d’esprit

« Mon Corps Est Nul » se situe dans la continuité d’un travail sur « la parole comme principe de vie » initié lors du spectacle « La voix souterraine » d’après Dostoïevski et radicalement affirmé dans la Performance « Paroles d’insectes » (3e Performance du projet « Tout doit Disparaître »)
Pour ce nouveau projet, j’ai voulu continuer de creuser ce sillon, continuer à questionner une parole libérée des règles de la communication
Faire exister un territoire propice à l’affirmation d’un état d’être irrémédiablement parlant,
Jouer avec la parole comme phénomène vital au même titre que la respiration.
Une parole détachée de tout effort volontaire, de toute décision…
Un travail de la confusion et de l’épuisement à travers la mise en scène d’êtres perdant toute notion de séparation entre parole et pensée, entre voix intérieure et voix communicante…
Une parole en fuite…
Un glissement du « je parle » vers un « ça parle »
Bref, la seule nécessité de devoir se constituer et s’affirmer en tant qu’« être parlant »

La communication d’aujourd’hui entretient l’idée que le dialogue ne serait basé que sur l’écoute de l’autre, alors que bien souvent on a seulement besoin de l’autre pour pouvoir s’écouter soi-même et se comprendre un peu
Pour ce projet on se rendra compte bien souvent qu’il s’agit en fait d’un désir personnel, d’une nécessité de monologues qui se déguise en dialogues.

Avoir une opinion sur tout
On parle sans s’écouter
Ne jamais tourner sept fois sa langue dans sa bouche
Ne pas toujours penser à ce qu’on dit mais ne pas douter d’avoir toujours raison
Donner les signes du dialogue mais continuer son monologue
Ne pas chercher à mentir mais ne pas se soucier de la vérité
Être subjectif, jamais d’objectivité

Dans « Mon Corps Est Nul » on ne se trouve donc pas face à une narration prédéterminée, mais face à un système évolutif qui structure la présence sur scène et le comportement de ces étranges personnages
Ce projet ne met pas en scène un texte théâtral ou littéraire prédéterminé.
Et pourtant je fais appel (pour la seconde fois) à la collaboration d’un écrivain complice : Arno Calléja qui a travaillé au cours des répétitions à l’écriture d’une partition destinée à prendre le relais des acteurs (improvisateurs de leur propre parole) au cours du spectacle
Nous entretenons volontairement une confusion entre texte écrit et parole improvisée
Au début, les acteurs improvisent : c’est clair !
à la fin, les acteurs parlent un texte écrit et appris par cœur : c’est sûr !
Mais entre les deux la frontière nous reste obscure…
Un glissement s’est produit, mais sans pouvoir vraiment dire quand !

Tout n’est au fond que l’histoire d’un glissement, un déplacement, une dérive, une bascule, une métamorphose, un lâché prise…entre deux certitudes, deux réalités, deux temporalités, deux mondes…
C’est une plongée, une noyade, et puis un apaisement…

Ce spectacle est une histoire d’abandon…

Ce projet met en lumière de manière ludique, une certaine poétique du corps contemporain.
Avec ce spectacle, nous montrons une forme de vérité des êtres pris dans les questions et les contradictions du monde occidental

Osons nous glorifier et faire un opéra d’avec nos propres névroses…

Témoigner d’une vie en cohabitation avec son propre corps !
Cela n’a rien de dramatique, et cela peut parfois même être comique
C’est en tout cas emblématique d’un rapport au monde bien de chez nous !
Je m’intéresse à cette cohabitation et aux états d’âme multiples qu’elle engendre
Je veux donner une place à ceux qui vivent dans, avec et pour leur tête, ceux qui investissent toute une vie dans la parole et la pensée, ceux qui pensent et qui parlent comme ils respirent.
Parce que ça leur semble être le plus important, parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement.
Je m’intéresse plus spécialement aux corps de ceux qui nous expliquent avec passion des choses sérieuses sur des sujets important et difficile à comprendre, aux corps de ceux qui nous demandent de leur prêter attention, aux corps qui se mettent en colère pour défendre une idée, aux corps révoltés …
Mais aussi au corps de celui qui se sent injustement attaqué, qui se défend, se justifie et par là même s’enfonce…
Ces corps ne sont pas armés pour se protéger du ridicule et n’y échapperont pas.
Corps empêchés, corps abîmés, corps qui se cognent…
Bref je veux mettre en lumière un corps qui ne cherche pas son propre bien-être, mais un corps contraint de soutenir une tête parlante et un cerveau pensant.

Qu’est-ce qui peut se lire dans les corps quand la nécessité de parler et de penser occupe tout l’espace de la conscience ?
Qu’est-ce qui peut se lire dans les corps quand la parole dépasse le niveau de la simple communication pour atteindre des sommets d’obsession, d’aliénation, de solitude ?
Qu’est-ce qui nous trahit et nous révèle malgré nous aux yeux du monde, quand toute notre attention est tournée vers nos bavardages et nos pensées ?

Il faut pour ce projet, des acteurs bavards, ayant le goût de la parole et qui trouvent pleinement leur plaisir dans le seul fait de parler et qui ne font pas de la souplesse leur métier !
Les éléments fictionnels sont puisés directement à partir de la singularité des acteurs.
Ce travail induit le fait qu’à partir de soi-même on peut représenter bien plus que soi-même.

Qui sont ces gens ? Quel est le lien entre eux ?
Ce n’est pas de l’amour, ce n’est pas de l’amitié
C’est peut-être une fratrie
Des êtres en parallèles
En tout cas la question de l’altérité est trouble
Ce sont des gens comme vous et moi
Ils sont occupés à construire leur avenir
à bâtir leur maison
Ils ont peur
Ils ne veulent pas le montrer
Ils ne peuvent pas le montrer
Ils rêvent de gloire et de reconnaissance
mais leur corps aspire à la tranquillité
à la douceur d’un tombeau

Le spectacle se développe vers une cristallisation, les corps ne pouvant plus que se rapprocher, se lier, s’accrocher les uns aux autres dans une solidarité d’espèce.
Une communauté se crée au sein même d’un arrêt, d’un oubli, d’un effacement du temps et de soi même… Cette humanité mise en scène, ne pouvant finalement s’unir que dans le partage du sentiment d’une perte.

Les Parleurs ont toujours parlé, ils parleront toujours. Ils n’ont plus rien à nous dire, ils parlent pour eux-mêmes, où plutôt quelque chose parle en eux. Ils parlent du fond des âges, ils parlent aux temps lointains, ceux du passé, ceux de demain, et vivent le présent comme un espace de résonance éternelle.
La parole est en fuite dans une boucle sans fin, tourbillonnant à l’infini, brouillant notre perception du sens particulier en nous poussant au laisser aller d’une « écoute flottante » où apparaît un autre sens au-delà des mots 

Ce qui se passe sur scène évolue à son rythme vers son propre effacement, son propre enterrement, sa propre disparition…
Le temps va progressivement se dissoudre jusqu’à pouvoir enfin faire exister un sentiment d’éternité…
Au final les personnages ne peuvent plus que vivre en scène sur le fil d’un oubli,
La jouissance éternelle d’un « mourir quotidien » sous le regard du monde…

Le spectacle sera marqué par un début, une ouverture claire
Le spectacle commencera avec une promesse de construction
Le regard tourné vers l’avenir…
Il y aura de l’espoir, de l’ambition, des promesses de réussite
Le spectacle s’ouvrira avec de la « positive attitude »
Et puis contrairement à ce qu’on attendait
On assistera à des successions de dérèglements et d’étrangetés
Le spectacle posait un cap, on assiste à sa dérive
Et puis cette dérive est belle
On se laisse entraîner, on se laisse envahir
Et on sait à présent
Que bien qu’il ai commencé
Ce spectacle ne finira jamais


« Mon Corps Est Nul »
un projet de Laurent de Richemond

avec :
« Les Parleurs » : Jocelyne Monier, Pascal Farré, Paul-Emmanuel Odin
« La Muette » : Barbara Sarreau

des paroles improvisées par les acteurs...
...et une partition textuelle composée par : Arno Calléja

création sonore et régie son : Virgile Abela
conception décors : Guillaume Amiard et Laurent de Richemond
création lumière, construction décors et régie : Thomas Moch

spectacle crée du 13 au 16 Janvier 2009 au Théâtre Antoine Vitez (Aix-en-Provence)
reprise du spectacle du 18 au 20 Mars 2010 au Théâtre des Bernardines (Marseille)

coproductions :
Théâtre Antoine Vitez (Aix-en-Provence)
3 bis F, Lieu d’arts contemporains (Aix-en-Provence)

résidences de travail :
3 bis F, Lieu d’arts contemporains (Aix-en-Provence), Friche de la Belle de Mai (Marseille), Théâtre des Bernardines (Marseille), Théâtre Antoine Vitez (Aix-en-Provence)

avec le soutien de la Ville de Marseille et du Conseil Général des Bouches du Rhône