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Les Larmes Rentrées - compagnie soleil vert

Les Larmes Rentrées

d’après « Mars » de Fritz Zorn

Un projet de Laurent de Richemond
Compagnie Soleil Vert - Marseille
Création 2012 - Théâtre

avec Edith Amsellem, Anne Naudon, Frédéric Pichon,
Laurent de Richemond, Barbara Sarreau.
à propos du spectacle Les Larmes Rentrées voir aussi :
presse et témoignages / auteur, texte, matériaux / vidéos


Les médecins savent un tas de choses sur le cancer, mais ce qu’il est en réalité, ils ne le savent pas. Les médecins ne savent pas que toutes les larmes que je n’ai pas pleurées au cours de ma vie se sont amassées là, dans mon cou, et ont formé cette tumeur parce que leur véritable destination, à savoir d’être pleurées, n’a pas pu s’accomplir. Oui, ma tumeur c’est des larmes rentrées. Le corps détruit spontanément la vie humaine quand on ne tient plus du tout à vivre cette vie.
Fritz Zorn — (extrait du texte)


en savoir plus sur Fritz Zorn / extraits du texte

(...) une exploration théâtrale de la « parole égocentrique » (...) la parole comme un « principe de vie » (...) cette singulière volonté d’assumer et de dépasser la honte, et de dire toute sa propre « sale vérité » dans l’affirmation d’une négativité portée comme un flambeau à la face du monde (...) une parole lucide sur la bourgeoisie et sur une relation « malade » à la vie (...) un être humain dont la part sombre, la part « monstrueuse », est bien prise en compte comme partie intégrante de son « humanité » (...)
Laurent de Richemond — (extraits en vrac du dossier artistique)

(...) Que ma main connaît bien mon sexe !

Ce sont de très anciens rapports

Rien ne la fâche, rien ne la vexe,

Ma main me conduit à la mort.
Je me masturbe au Martini

En attendant demain matin

Je sais très bien que c’est fini,

Mais je ne comprends pas la fin
Et tout seul, dans la nuit, je bande

Autour d’un halo de douceur

J’ai envie de poser ma viande ;

Je me réveille, je suis en pleurs.
Michel Houellebecq — (extrait du poème [«Kiki-Kiki»->35])


dossier du spectacle (PDF, 594.8 ko) fiche technique (PDF, 63.2 ko)

note d’intention


« Les Larmes Rentrées » d’après « Mars » de Fritz Zorn, est un projet qui veut s’inscrire dans la continuité d’un travail initié, il y a quelques années, par le spectacle « La Voix Souterraine » (2006) d’après « Les carnets du sous-sol » de Dostoïevski. J’ai voulu continuer à creuser un sillon de recherche, et poursuivre une exploration théâtrale de la « parole égocentrique » et de « la parole comme principe de vie » que posent singulièrement ces deux textes (j’ai la sensation qu’ils ont une pulsion, une origine intime et littéraire en commun, une nécessité forte en partage...)
Le point commun de ces deux textes est cette volonté, si singulière, d’assumer et de dépasser la honte, et de dire toute sa propre (ou sale) vérité dans l’affirmation d’une négativité portée comme un flambeau à la face du monde.

Ce projet que j’ai nommé « Les Larmes Rentrées » (en référence à la définition que nous donne Fritz Zorn de son cancer) pose une parole lucide sur la bourgeoisie et sur une relation « malade » à la vie. Ce n’est pas d’une condamnation dont il est question ici, mais de la tentative d’une compréhension et d’une explication de soi-même. Un combat vital pour Zorn, car il en va de sa propre guérison. Guérir de son cancer est une lutte, une guerre, une affirmation forte et sans concession d’une vérité, d’un rapport au monde qui s’oppose à celui -menteur- imposé par son propre milieu. La bourgeoisie n’est pas ici dénoncée comme un monde méchant, mais comme un monde menteur. Ce texte est rare car il ne s’articule pas autour d’une idéologie de lutte des classes, mais il met en relief la défaillance et la détresse humaine des bourgeois (et à travers eux, de toutes les problématiques de notre monde occidental), et d’assumer ainsi le peu de gloire que cette vérité implique...
Ce projet est l’occasion de mettre en scène la complexité, les tiraillements et les conflits intimes et existentiels d’un homme. Un « être humain » dont la part « sombre », la part « monstrueuse », est bien prise en compte comme partie intégrante de son « humanité ». Il s’agit aussi de confronter cette parole avec « le revers de la médaille » qu’incarnent deux corps nus et silencieux, qui existent sous la table, comme un inconscient refoulé et dissimulé aux yeux de « celui qui parle ».
Pour faire exister « les parts manquantes » chez chacune des figures en présence...

Laurent de Richemond


les personnages


Un homme, assis au centre d’une grande table, mange des huitres et ne boit rien du tout (il ne partagera rien)
Il a invité des gens à venir le regarder et l’écouter parler...
Il va prendre la parole et il ne s’arrêtera plus
Il parle publiquement à la face du monde (face aux spectateurs), il parle aussi devant ses propres invités (femmes enceintes), et il parle aussi tout seul, face au mur, ou seulement pour lui-même...
Le monde s’écroule autour de lui et cela ne change rien. Il a commencé à parler et il ira jusqu’au bout !
Biensûr sa prise de parole peut nous apparaître comme une sorte de masturbation publique, mais lui, il s’en fout... On le regarde parler, on l’écoute, et on est là pour ça !
Mais il a surtout besoin de nous pour se parler, s’écouter et se raconter à lui-même...
Et c’est probablement là, ce soir là, sa dernière, son ultime parole !

« Celui qui parle seul parle quand même à un autre »

Je ne veux pas me limiter dans ce projet à la seule interprétation d’un texte qui est déjà très fort par lui-même
Je souhaite que cette parole puisse se faire entendre dans un cadre particulier : un cadre de solitude, d’abandon et de profonde intimité à travers laquelle une forme paradoxale d’altérité pourrait se jouer
Je pars de l’idée que quand on parle tout seul on parle quand même à quelqu’un, et parler seul, c’est peut-être alors se parler à soi-même comme à un autre possible...
Et si ce soi-même à qui on parle était un autre, un partenaire possible ?

« Celui qui parle seul s’adresse au monde entier »

Ruminer, ruminer une parole au monde, ruminer une parole à la face du monde
Se parler à soi-même comme seul destinataire, comme seul public possible...
Avec la solitude et le silence comme seul théâtre !
La confusion entre dialogue et monologue est fortement et consciemment entretenue
Le spectateur est placé comme voyeur et témoin d’une parole solitaire, d’une relation masturbatoire, de l’intimité d’un combat...
Ça se joue un peu en biais !!
C’est une manière de vous faire face !
Ou simplement de faire face...

Ce spectacle cherche à déplacer la représentation, à trouver un autre lien en dehors de la seule communication du texte


« Celui qui parle... » a invité à sa table deux femmes qui sont venues principalement pour l’écouter, mais qui par ailleurs ont une envie irrépressible de parler.
« Celui qui parle... » ne leur donnera jamais cette place de la parole qu’il se réserve à lui seul
De temps à autre, elles posent des questions ou tentent de formuler des interrogations personnelles (qui ne suscitent pas l’intérêt de « Celui qui parle... »)
Dans un premier temps, leur écoute est réellement en empathie avec « Celui qui parle... », mais cet intérêt laissera place à un refus de cette parole, voire à de l’exaspération ou à du désintérêt et de l’ennui...
Ces deux femmes partiront successivement avant la fin du spectacle, sans que leur départ ne suscite la moindre émotion...
Ces deux femmes sont des invitées, un peu à la manière du film « Une sale histoire » de Jean Eustache.


Et puis il y a sous la table, aux pieds de « Celui qui parle... », l’omniprésence singulière d’un choeur de corps nus et silencieux en contrepoids à ces bavardages égocentriques (le revers de la médaille !!). Une femme et un homme dorment, se réveillent, se caressent, s’embrassent, s’enlacent, font l’amour, se regardent... Ils vivent un temps suspendu dans un lieu protégé (un refuge), un cocon où le temps ralentit et les gestes sont rares, où la parole n’existe pas et où seuls les corps s’expriment...
Ce duo est capital pour la perception du spectateur, car il agit sur le regard d’une manière parasite.
Tantôt, on les voit peu, on les oublie
Et parfois ils existent à nos yeux en parallèle à l’action du dessus, celle du bavardage...
Et puis à certain moments, l’action de sous la table prend en otage notre regard et nous place en conflit avec l’écoute de la parole, les pulsions attractives de notre regard agissant contre notre écoute...
Et puis aussi on les regarde, on les observe, et notre écoute devient la bande-son de ce qu’on voit...
Ce qui se passe sous la table agit et éclaire ce qui se passe au dessus
C’est la zone du fantasme, de l’affect, du refoulé, du trouble et du regret pour « Celui qui parle... »
C’est aussi la zone du manque, du trop plein de vie, du trop plein de corps, de l’impossibilité de la parole, de l’impossibilité du devenir, de l’encombrement éternel du corps de l’autre mais aussi d’une épreuve de la mort...
Un avant-goût indifférencié de « l’enfer » et du « paradis »...


« Les Larmes Rentrées »
un projet de Laurent de Richemond
d’après « Mars » de Fritz Zorn (traduction de Gilberte Lambrichs - édition Gallimard)

avec :
Edith Amsellem, Anne Naudon, Frédéric Pichon
Laurent de Richemond, Barbara Sarreau

adaptation et mise en scène : Laurent de Richemond
collaboration artistique : Pascal Farré
assistant à la mise en scène, chargé de diffusion : Sylvain Berteloot
scénographie, création lumière, direction technique : Sylvain Faye
création sonore : Josëf Amerveil
costumes : Frédéric Forest

crédit photos, captation et montage vidéo : Thomas Fourneau

création du spectacle :
du 20 au 24 novembre 2012 à KLAP - Maison pour la Danse (Marseille)
dans une co-programmation hors-les-murs du Théâtre des Bernardines et du Théâtre de la Minoterie

reprise du spectacle :
du 20 au 21 mars 2013 au Théâtre Antoine Vitez (Aix-en-Provence)

production : Compagnie Soleil Vert
coproductions : Théâtre de la Minoterie / Théâtre des Bernardines
avec le soutien de KLAP Maison pour la danse

ce spectacle a été réalisé avec le soutien de la Ville de Marseille, de la Région PACA,
et du Conseil général des Bouches du Rhône
résidences de travail à la « Maison des Lucioles » (Rennes), et à « l’Etang des Aulnes - CG13 »

la Compagnie Soleil Vert tient particulièrement à remercier :
Pierre Maillet, Jérôme de Falloise, Thomas Fourneau, François-Michel Pesenti et le Théâtre du Point Aveugle, Marie Vayssière, Anita Sarreau, Jean-Jacques Lucecci, Wilfried Bourre, Françoise Bloch, Francis Ruggirello, Montévidéo, le Groupe Opéra, et tous ceux qui nous ont aidé à la réalisation de ce projet.

à propos du spectacle Les Larmes Rentrées voir aussi :
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