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L’Étang - compagnie soleil vert

L’Étang

d’après « L’étang » de Robert Walser

théâtre - création 2011 - compagnie soleil vert (marseille)

un projet de Laurent de Richemond
avec Laurent de Richemond et Barbara Sarreau

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Comment exister si votre mère ne vous aime pas ?

« L’Étang » est une pièce basée sur le personnage de Fritz, qui va mettre en scène son faux suicide afin de forcer l’intérêt et le regard de sa mère.
Tout nous laisse à penser que sa mère le frappe sauvagement. La scène est d’ailleurs trop crue pour nous être directement montrée... L’autre jour, il s’est enfermé dans une armoire du grenier pour se cacher de sa mère et du monde. La solution est là : s’il venait à disparaître pour de bon, sa mère s’affolerait et le chercherait sans doute...

Cette mère, c’est la grande absente, la femme blessée et lointaine qu’il s’agit de toucher et de délivrer. Et cette mère, c’est par la mise en scène de sa propre disparition qu’il va enfin pouvoir forcer son regard. D’un seul coup, Fritz, ce jeune garçon si transparent, prendra du poids. Quand il sera mort, ou supposé comme tel, sa mère ne verra alors plus que lui. Quand il réapparaîtra, ce sera comme une seconde naissance.

Disparaître, cela peut être le motif de toute une vie, le thème de toute une œuvre, le point d’ancrage de toute résurrection. « Si je ne suis rien alors je suis beaucoup. »
Disparaître dans l’eau, dans la nature, dans le silence ou l’anonymat, pour accéder à une renaissance glorieuse, une reconnaissance.

« La vie n’est qu’une veste déchirée, il me faut la raccommoder. » a dit Fritz

Se noyer aux yeux des siens, c’est détruire ce qu’il y a en soi d’insupportable, de repoussant. Mais l’eau qui engloutit ses victimes peut aussi les régénérer. L’eau si bénéfique, joue ici son rôle purificateur. Lavé de toute honte par cette noyade fictive, le jeune garçon en sortira brillant, glorieux, aimable... et désirable.
Tel est le souhait de celui qui ne cesse d’espérer une reconnaissance qui soit naissance.
Mais il faut d’abord être découvert...

« L’Étang » est un récit clé qui va préfigurer toute l’oeuvre future de Walser

Cet étang dans lequel Fritz fait semblant de s’être précipité se transformera vers la fin du texte en tache d’encre ! Ce passage est sous-tendu par le message dramatique que l’activité d’écrire est un suicide simulé dans le but de regagner l’amour de la mère inabordable.
L’étang et la tache d’encre qui le représente sont le lieu d’une mise en scène, d’une histoire, d’une fiction.
N’est-il pas dit que l’esprit de Fritz est un livre plein d’histoires...

Dans « L’Étang », une fois le fils retrouvé, la famille pourra alors rejouer toute la scène de la fausse noyade dans une danse métaphorique où les couverts, figurant les personnages, donnent à la scène un caractère cru, presque obscène. Et Walser de terminer l’histoire en conte de fées.
Disparition - reconnaissance, obscurité - lumière, le chemin du fils est tout tracé.
Ce sera celui de l’écrivain.


« L’Étang » - intentions sur le projet, le spectacle :

« L’Étang » de Robert Walser est une pièce étrange, qui vu sous un certain angle, est une troublante mise en abîme de la fiction et de la réalité. Qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux, à la fois dans la fiction du texte lui-même, mais aussi dans les références à la biographie de son auteur ?

Ce projet théâtral est né d’un désir singulier et assez instinctif par rapport à ce texte.
J’ai eu l’envie de créer une figure qui se placerait tout à la fois en tant qu’acteur, metteur en scène, auteur et biensûr personnage de ce texte (à la croisée des chemins entre la fiction du texte, et une certaine fiction du réel...)

Je me suis dit que je devais donc tout jouer dans cette pièce (la pièce comporte une dizaine de personnages). Il faudra donc que je prenne en charge la totalité de la parole, seul, et que je vive les différents dialogues de la pièce comme quelqu’un qui se parlerait seul, à voix haute, dialoguant avec lui-même, jouant avec lui-même (comme si ce soi-même était un autre, un partenaire possible...).
Mais il s’agira d’abord pour moi de jouer ce jeu de l’invention des « autres » du point de vue de Fritz (figure centrale de « L’Étang », figure double de Robert Walser lui-même)

Il ne s’agira donc pas ici d’une volonté « d’incarner tous les personnages », mais de naviguer, de me « déplacer » de paroles en paroles, en clarifiant la fiction aux yeux du spectateur, tout en entretenant le doute et la confusion quand à la réalité même de cette fiction et de ses personnages afin, qu’au bout du compte, il n’en existe plus qu’un seul : Lui-même, celui qui parle, qui pense, et qui rêve, ici, debout, devant nous. Cet homme, seul en scène, se joue à lui-même la pièce qu’il est peut-être en train d’écrire, et il prononce les mots, les phrases qu’il voudrait tant qu’on lui dise. Il écrit et prend en charge les gestes de tout les autres et les paroles qu’il a toujours voulu entendre... (et surtout ces mots, tant espérés, prononcés par sa mère)
Cet homme, c’est Fritz, c’est Robert Walser, mais c’est aussi moi-même
(une figure réunissant tout à la fois le personnage principal, l’auteur, et l’acteur de cette pièce)

Ce parti-pris a donc pour objectif de créer et de faire exister cette autre figure, cet autre personnage qui est fortement sous-entendu dans ce texte, mais qui n’a pas vraiment d’existence fictionnelle à proprement parler... Il s’agira donc de mettre en relief dans un même mouvement ce positionnement tout à la fois d’auteur, de metteur en scène et d’acteur, et de le mettre en relation et au service de la fiction même du texte de Walser.

Cette mise en jeu de l’invention de l’écriture (concernant l’invention des mots, mais aussi des actes, des êtres et des choses...), cette mise en abime fictionnelle se justifie car le personnage de Fritz dans « L’Étang », lui aussi, se place dans l’invention, dans la fabrication de sa propre histoire... Il projette ses désirs, ses manques, et tout en jouant avec la vérité il se joue aussi du monde et du réel
(Il nous est dit que l’esprit de Fritz est un livre plein d’histoires...)

Je trouve intéressant de révéler ici le personnage de Fritz dans sa dimension de créateur, d’auteur, d’auteur de son propre rôle, de son propre texte et de celui qu’il rêve pour les autres (et principalement sa famille...) Fritz, c’est le metteur en scène de sa propre personne, de sa propre existence, de son propre destin, de sa propre fiction... Et moi, à ma manière, avec tout les échos de mon propre vécu, de ma propre histoire, je naviguerai moi aussi entre le rêve de cette fiction familiale (le rêve de toutes les fictions familiales...) et la réalité de ma présence, de ma solitude sur la scène.

Ce projet devra pouvoir faire fortement exister à travers le vide et la solitude le désir de la parole des autres
Toute cette histoire se jouerait au fond un peu comme le rêve de son propre enterrement, avec l’émotion de pouvoir assister soi-même à la peine de sa propre famille et de les entendre pleurer et exprimer leur regrets, leur sentiment de culpabilité...
Cette histoire d’auto-émotion offre ainsi la possibilité d’une réconciliation avec le monde, mais surtout d’une réconciliation avec soi-même...

Je partirai (dans une confusion entre la fiction du texte et celle du plateau) de ce temps de la projection d’un désir, jusqu’à la nécessité de sa représentation et de son interprétation...
Mais surtout je partirai de ce manque fondamental de ces autres tant désirés... et puis de cette peur, de cette angoisse, qui nécessitera d’abord de les affronter dans l’univers de la fiction, plutôt que dans le monde réel...

Il se jouera peut-être ici un rêve de gloire et de reconnaissance, une frustration à partir de laquelle la réalité ne prend plus forme qu’à travers le pouvoir de création (paranoïaque et égocentrique...)
Mais ce qui m’intéresse surtout ici, ce n’est pas la figure de l’artiste en tant que tel, mais c’est cette négociation permanente du désir avec la réalité qui préfigure l’acte artistique.

Dans ce qui sera parlé sur la scène, il y aura biensûr l’intégralité du texte de Walser, mais aussi l’adaptation des didascalies, ainsi que des commentaires sur le texte, de la pensée exprimée à voix basse, du sous-texte, des paroles répétées, du marmonnage dans sa barbe, des décisions à prendre...

En bref, la pièce de Walser existe bel et bien, fortement, mais je me chargerai d’en réinventer un peu son brouillon !


Notes sur la scénographie :

Le plateau devra être grand et vide
Les spectateurs seront placés à une bonne distance de l’acteur sur scène (pas de trop grande proximité, au contraire, nous rechercherons la distance et la vision globale)
Le spectateur doit toujours être en relation à la fois avec l’acteur et avec l’espace (comme si on observait au travers d’un hublot, un homme englouti vivant sa vie en suspension au fond de l’eau...)
L’espace vide sera un élément très important pour ce projet. Si il me semble important de jouer dans un grand espace, c’est d’abord parce qu’il n’y a pas de raison pour que les solos induisent toujours forcément de se jouer dans des coins ou dans des caves... Et puis parce qu’il me semble important de pouvoir faire exister la solitude et l’invisible dans le coeur d’une immensité vide. Pour l’acteur et la figure qui parlera seul sur la scène, il faudra que le regard puisse se placer en fuite vers un très loin... Il faudra aussi que puisse coexister sur scène à la fois un sentiment de perdition et de solitude profonde, mais aussi une certaine forme de grandeur, de gloire...

L’espace sera donc vide et ce sera à l’acteur de faire exister l’espace fictionnel (la pièce se déroulant dans plusieurs lieux - à l’intérieur de la maison, dans la rue, au bord de l’étang...)
Le spectateur doit pouvoir vivre la fiction en suivant dans les yeux de l’acteur, et au travers de ses gestes, le fil de son imagination
Cependant, cette imagination prendra aussi appui sur des éléments concrets de stimulation, un peu à la manière de la scène finale du film « Usual suspects » avec Kevin Spacey (scène dans laquelle on se rend compte que toute l’histoire du film a été inventé par le héros en brodant au cours de son interrogatoire à partir de tout les éléments qui l’entouraient dans le bureau du commissariat de police)
Un peu dans la même idée que pour ce film, nous nous serviront de stimulis visuels disposés dans l’espace pour permettre à la figure de l’écrivain de composer son histoire « en direct »

Un fauteuil sera placé toujours de dos par rapport au public (en bord de scène ou en fond de scène) sur lequel sera assise une femme ou un mannequin (on ne sait pas très bien car elle ne bouge pas)
L’acteur aura comme seul accessoire, une porte qu’il trimbalera toujours avec lui et disposera sur scène comme il l’entend (et en fonction des besoins de création de pièces)
Cette place assise et cette porte, seront les seuls éléments permettant de poser sur la scène des repères d’espace.

Le spectacle sera rythmé par une alternance systématique passant de la pleine lumière à l’obscurité totale

Laurent de Richemond - Juin 2011


L’ÉTANG
de Robert Walser
adaptation et mise en scène : Laurent de Richemond

un projet de : Laurent de Richemond
collaboration artistique : Barbara Sarreau

avec : Laurent de Richemond et Barbara Sarreau

montage et régie lumière : Neills Doucet et Benjamin Salignon
captation et montage Vidéo : Thomas Fourneau

production : Compagnie Soleil Vert / coproduction : Théâtre Antoine Vitez
avec le soutien du Conseil Général des Bouches-du-Rhône

remerciements : Compagnie SB03, Théâtre Antoine Vitez, Théâtre des Bernardines, KLAP - Maison pour la Danse, Emmanuelle Stochl, Francis de Richemond,
Olivier Puech, et toutes les personnes qui nous ont accompagné pour ce projet...

Création 2011 - Théâtre - Compagnie Soleil Vert - Marseille